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Un voyage inspiré …

Five heads

1ère étape : BERLIN

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“Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France” (Blaise Cendrars),

illustré de photos d’ Août / Septembre 2011…

Delaunay1

Sonia Delaunay

De / From

A / To

Distance (Km) de / from MOSCOW

Arrivée (Heure de MOSCOU)

Arrival (MOSCOW local time)

MOSCOU IAROSLAV 220 03:55    (J+1)
IAROSLAV DANILOV 357 05:05
DANILOV BOUÏ 450 06:56
BOUÏ CHARIA 701 10:27
CHARIA KIROV 957 13:52
KIROV BALEZINO 1194 17:09
BALEZINO PERM 1437 20:43
PERM EKATARINBOURG 1818 02:29   (J+2)
EKATARINBOURG TIOUMEN 2144 06:38
TIOUMEN ICHIM 2433 10:03
ICHIM NAZYVAIEVSKAÏA 2567 12:07
NAZYVAIEVSKAÏA OMSK 2716 13:57
OMSK BARABINSK 3040 17:47
BARABINSK NOVOSSIBIRSK 3343 21:31
NOVOSSIBIRSK TAÏGA 3571 01:13   (J+3)
TAÏGA MARIINSK 3719 03:37
MARIINSK BOGOTOL 3852 05:33
BOGOTOL ATCHINSK 1 3920 06:30
ATCHINSK 1 KRASNOÏARSK 4104 09:33
KRASNOÏARSK KANSK 4351 13:31
KANSK ILANSKAÏA 4383 14:02
ILANSKAÏA TAÏCHET 4522 16:25
TAÏCHET NIJNEOUDINSK 4683 19:13
NIJNEOUDINSK ZIMA 4941 23:26
ZIMA IRKUTSK 5191 03:36   (J+4)
IRKUTSK SLIUDIANKA 5317 06:05
SLIUDANKA MYSSOVAÏA 5483 08:54
MYSSOVAÏA ULAN UDE 5637 11:26
ULAN UDE GOUSSINOÏ 5806 14:40
GOUSSINOÏ NAUSHKI 5902 16:32
 

Arrivée (Heure de U. BATOR)
Arrival (U. BATOR local time)

NAUSHKI SUKHE BATOR 5925 24:00
SUKHE BATOR DARHAN 6084 02:56   (J+5)
DARHAN ZONGHALA 6147 05:03
ZONGHALA ULAN BATOR 6304 09:00
ULAN BATOR DZAMYNUDE 7013 21:25

Arrivée (Heure de BEIJING)
Arrival (BEIJING local time)

DZAMYNUDE ERENHOT 7023 22:58
ERENHOT JININGNAN 7356 06:19   (J+6)
JINANGNAN DATONG 7483 08:24
DATONG ZHANGJIAKOUNAN 7661 10:50
ZHANGJIAKOUNAN BEIJING 7867 15:33

2ème étape : MOSCOU

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares

Gare de Kazan  Gare de Yaroslav

(ci-dessus 2 des 7 gares, à gauche la gare de Kazan et à droite celle de Yaroslav – départ du Transsibérien)


Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple d’Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

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La place Rouge était vide…

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Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l’or mielleux des cloches

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Un vieux moine me lisait la légende de Novgorod
J’avais soif

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Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient sur la place
Et mes mains s’envolaient aussi, avec des bruissements d’albatros
Et ceci, c’était les dernières réminiscences du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j’étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu’au bout.
J’avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J’aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
Et j’aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m’affolent…
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe

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Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s’ouvrait comme un brasier.

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
J’étais à Moscou, où je voulais me nourrir de flammes

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Et je n’avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux

En Sibérie tonnait le canon, c’était la guerre
La faim le froid la peste le choléra
Et les eaux limoneuses de l’Amour charriaient des millions de charognes.
Dans toutes les gares je voyais partir tous les derniers trains
Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
Et les soldats qui s’en allaient auraient bien voulu rester…
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorod.

Moi, le mauvais poète qui ne voulais aller nulle part, je pouvais aller partout
Et aussi les marchands avaient encore assez d’argent
Pour aller tenter faire fortune.
Leur train partait tous les vendredis matin.

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On disait qu’il y avait beaucoup de morts.
L’un emportait cent caisses de réveils et de coucous de la Forêt-Noire
Un autre, des boîtes à chapeaux, des cylindres et un assortiment de tire-bouchons de Sheffield
Un autre, des cercueils de Malmoë remplis de boîtes de conserve et de sardines à l’huile
Puis il y avait beaucoup de femmes
Des femmes, des entre-jambes à louer qui pouvaient aussi servir
De cercueils
Elles étaient toutes patentées
On disait qu’il y avait beaucoup de morts là-bas
Elles voyageaient à prix réduits
Et avaient toutes un compte-courant à la banque.

Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie qui se rendait à Kharbin

Train 002, wagon 07, places 9 & 10 IMG_2712

Nous avions deux coupés dans l’express et 34 coffres de joaillerie de Pforzheim
De la camelote allemande “Made in Germany”
Il m’avait habillé de neuf, et en montant dans le train j’avais perdu un bouton
– Je m’en souviens, je m’en souviens, j’y ai souvent pensé depuis –
Je couchais sur les coffres et j’étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning nickelé qu’il m’avait aussi donné

J’étais très heureux insouciant
Je croyais jouer aux brigands
Nous avions volé le trésor de Golconde
Et nous allions, grâce au transsibérien, le cacher de l’autre côté du monde

Moscou / Vladivostok IMG_2709
Je devais le défendre contre les voleurs de l’Oural qui avaient attaqué les saltimbanques de Jules Verne
Contre les khoungouzes, les boxers de la Chine
Et les enragés petits mongols du Grand-Lama
Ali baba et les quarante voleurs
Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout, contre les plus modernes
Les rats d’hôtel
Et les spécialistes des express internationaux.

Et pourtant, et pourtant
J’étais triste comme un enfant.
Les rythmes du train
La “moëlle chemin-de-fer” des psychiatres américains
Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés
Le ferlin d’or de mon avenir
Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d’à côté
L’épatante présence de Jeanne
L’homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir et qui me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature!
Et derrière les plaines sibériennes, le ciel bas et les grandes ombres des Taciturnes qui montent et qui descendent

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Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle Écossais
Et l’Europe tout entière aperçue au coupe-vent d’un express à toute vapeur
N’est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d’or
Avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l’univers
Est une pauvre pensée…

3ème étape : IRKUTSK  – BAIKAL

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Du fond de mon cœur des larmes me viennent
Si je pense, Amour, à ma maîtresse;
Elle n’est qu’une enfant, que je trouvai ainsi
Pâle, immaculée, au fond d’un bordel.

Ce n’est qu’une enfant, blonde, rieuse et triste,
Elle ne sourit pas et ne pleure jamais;
Mais au fond de ses yeux, quand elle vous y laisse boire,
Tremble un doux lys d’argent, la fleur du poète.

Elle est douce et muette, sans aucun reproche,
Avec un long tressaillement à votre approche;
Mais quand moi je lui viens, de-ci, de-là, de fête,
Elle fait un pas, puis ferme les yeux – et fait un pas.
Car elle est mon amour, et les autres femmes
N’ont que des robes d’or sur de grands corps de flammes,
Ma pauvre amie est si esseulée,
Elle est toute nue, n’a pas de corps – elle est trop pauvre.

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Elle n’est qu’une fleur candide, fluette,
La fleur du poète, un pauvre lys d’argent,
Tout froid, tout seul, et déjà si fané
Que les larmes me viennent si je pense à son cœur.

Et cette nuit est pareille à cent mille autres quand un train file dans la nuit
– Les comètes tombent –
Et que l’homme et la femme, même jeunes, s’amusent à faire l’amour.

Le ciel est comme la tente déchirée d’un cirque pauvre dans un petit village de pêcheurs
En Flandres
Le soleil est un fumeux quinquet
Et tout au haut d’un trapèze une femme fait la lune.
La clarinette le piston une flûte aigre et un mauvais tambour
Et voici mon berceau
Mon berceau
Il était toujours près du piano quand ma mère comme Madame Bovary jouait les sonates de Beethoven
J’ai passé mon enfance dans les jardins suspendus de Babylone
Et l’école buissonnière, dans les gares devant les trains en partance
Maintenant, j’ai fait courir tous les trains derrière moi
Bâle – Tombouctou
J’ai aussi joué aux courses à Auteuil et à Longchamp
Paris – New York
Maintenant, j’ai fait courir tous les trains tout le long de ma vie
Madrid – Stockholm
Et j’ai perdu tous mes paris
Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud
Je suis en route
J’ai toujours été en route
Je suis en route avec la petite Jehanne de France.

Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
Le train retombe sur ses roues
Le train retombe toujours sur toutes ses roues.

“Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Nous sommes loin, Jeanne, tu roules depuis sept jours
Tu es loin de Montmartre, de la Butte qui t’a nourrie, du Sacré-Cœur contre lequel tu t’es blottie
Paris a disparu et son énorme flambée
Il n’y a plus que les cendres continues
La pluie qui tombe
La tourbe qui se gonfle
La Sibérie qui tourne
Les lourdes nappes de neige qui remontent
Et le grelot de la folie qui grelotte comme un dernier désir dans l’air bleui
Le train palpite au cœur des horizons plombés
Et ton chagrin ricane…

“Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Les inquiétudes
Oublie les inquiétudes
Toutes les gares lézardées obliques sur la route
Les fils télégraphiques auxquels elles pendent
Les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent
Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon qu’une main sadique tourmente
Dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
S’enfuient
Et dans les trous,
Les roues vertigineuses les bouches les voix
Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont déchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord
Le broun-roun-roun des roues
Chocs
Rebondissements
Nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd…

“Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Mais oui, tu m’énerves, tu le sais bien, nous sommes bien loin
La folie surchauffée beugle dans la locomotive

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La peste le choléra se lèvent comme des braises ardentes sur notre route
Nous disparaissons dans la guerre en plein dans un tunnel
La faim, la putain, se cramponne aux nuages en débandade
Et fiente des batailles en tas puants de morts
Fais comme elle, fais ton métier…

“Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Oui, nous le sommes, nous le sommes
Tous les boucs émissaires ont crevé dans ce désert
Entends les sonnailles de ce troupeau galeux
Tomsk Tchéliabinsk Kainsk Obi Taïchet Verkné Oudinsk Kourgane Samara Pensa – Touloune
La mort en Mandchourie
Est notre débarcadère est notre dernier repaire
Ce voyage est terrible
Hier matin
Ivan Oulitch avait les cheveux blancs
Et Kolia Nicolaï Ivanovitch se ronge les doigts depuis quinze jours…
Fais comme elles la Mort la Famine fais ton métier
Ça coûte cent sous, en transsibérien, ça coûte cent roubles
Enfièvre les banquettes et rougeoie sous la table
Le diable est au piano
Ses doigts noueux excitent toutes les femmes
La Nature
Les Gouges
Fais ton métier
Jusqu’à Kharbine…

“Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

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Non mais… fiche-moi la paix… laisse-moi tranquille
Tu as les hanches angulaires
Ton ventre est aigre et tu as la chaude-pisse
C’est tout ce que Paris a mis dans ton giron
C’est aussi un peu d’âme… car tu es malheureuse
J’ai pitié j’ai pitié viens vers moi sur mon cœur
Les roues sont les moulins à vent du pays de Cocagne
Et les moulins à vent sont les béquilles qu’un mendiant fait tournoyer
Nous sommes les culs-de-jatte de l’espace
Nous roulons sur nos quatre plaies
On nous a rogné les ailes
Les ailes de nos sept péchés
Et tous les trains sont les bilboquets du diable
Basse-cour
Le monde moderne
La vitesse n’y peut mais
Le monde moderne
Les lointains sont par trop loin
Et au bout du voyage c’est terrible d’être un homme avec une femme…

4ème étape : ULAN UDE

“Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

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J’ai pitié j’ai pitié viens vers moi je vais te conter une histoire
Viens dans mon lit
Viens sur mon cœur
Je vais te conter une histoire…
Oh viens! viens!

Aux Fidji règne l’éternel printemps
La paresse
L’amour pâme les couples dans l’herbe haute et la chaude syphilis rôde sous les bananiers
Viens dans les îles perdues du Pacifique!
Elles ont nom du Phénix, des Marquises
Bornéo et Java
Et Célèbes a la forme d’un chat.

Nous ne pouvons pas aller au Japon
Viens au Mexique!
Sur ses hauts plateaux les tulipiers fleurissent
Les lianes tentaculaires sont la chevelure du soleil
On dirait la palette et les pinceaux d’un peintre
Des couleurs étourdissantes comme des gongs,
Rousseau y a été
Il y a ébloui sa vie
C’est le pays des oiseaux
L’oiseau du paradis, l’oiseau-lyre
Le toucan, l’oiseau moqueur
Et le colibri niche au cœur des lys noirs
Viens!
Nous nous aimerons dans les ruines majestueuses d’un temple aztèque
Tu seras mon idole
Une idole bariolée enfantine un peu laide et bizarrement étrange
Oh viens!

Si tu veux nous irons en aéroplane et nous survolerons le pays des mille lacs,
Les nuits y sont démesurément longues
L’ancêtre préhistorique aura peur de mon moteur
J’atterrirai
Et je construirai un hangar pour mon avion avec les os fossiles de mammouth
Le feu primitif réchauffera notre pauvre amour
Samowar

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Et nous nous aimerons bien bourgeoisement près du pôle
Oh viens!

Jeanne Jeannette Ninette nini ninon nichon
Mimi mamour ma poupoule mon Pérou
Dodo dondon
Carotte ma crotte
Chouchou p’tit-cœur
Cocotte
Chérie p’tite chèvre
Mon p’tit-péché mignon
Concon
Coucou
Elle dort.

Elle dort
Et de toutes les heures du monde elle n’en a pas gobé une seule
Tous les visages entrevus dans les gares
Toutes les horloges
L’heure de Paris l’heure de Berlin l’heure de Saint-Petersburg et l’heure de toutes les gares
Et à Oufa, le visage ensanglanté du canonnier
Et le cadran bêtement lumineux de Grodno
Et l’avance perpétuelle du train
Tous les matins on met les montres à l’heure

Quai n° 3 direction Naouchi (frontière Russie / Mongolie)
Le train avance et le soleil retarde
Rien n’y fait, j’entends les cloches sonores
Le gros bourdon de Notre-Dame
La cloche aigrelette du Louvre qui sonna la Barthélemy
Les carillons rouillés de Bruges-la-Morte
Les sonneries électriques de la bibliothèque de New-York
Les campanes de Venise
Et les cloches de Moscou, l’horloge de la Porte-Rouge qui me comptait les heures quand j’étais dans un bureau
Et mes souvenirs
Le train tonne sur les plaques tournantes
Le train roule
Un gramophone grasseye une marche tzigane
Et le monde, comme l’horloge du quartier juif de Prague, tourne éperdument à rebours.

Effeuille la rose des vents
Voici que bruissent les orages déchaînés
Les trains roulent en tourbillon sur les réseaux enchevêtrés
Bilboquets diaboliques
Il y a des trains qui ne se rencontrent jamais
D’autres se perdent en route
Les chefs de gare jouent aux échecs
Tric-trac
Billard
Caramboles
Paraboles
La voie ferrée est une nouvelle géométrie
Syracuse
Archimède
Et les soldats qui l’égorgèrent
Et les galères
Et les vaisseaux
Et les engins prodigieux qu’il inventa
Et toutes les tueries
L’histoire antique
L’histoire moderne
Les tourbillons
Les naufrages
Même celui du Titanic que j’ai lu dans le journal
Autant d’images-associations que je ne peux pas développer dans mes vers
Car je suis encore fort mauvais poète
Car l’univers me déborde
Car j’ai négligé de m’assurer contre les accidents de chemin de fer
Car je ne sais pas aller jusqu’au bout
Et j’ai peur.

J’ai peur
Je ne sais pas aller jusqu’au bout
Comme mon ami Chagall je pourrais faire une série de tableaux déments
Mais je n’ai pas pris de notes en voyage
“Pardonnez-moi mon ignorance
“Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers”
Comme dit Guillaume Apollinaire
Tout ce qui concerne la guerre on peut le lire dans les Mémoires de Kouropatkine
Ou dans les journaux japonais qui sont aussi cruellement illustrés
À quoi bon me documenter
Je m’abandonne
Aux sursauts de ma mémoire…

À partir d’Irkoutsk le voyage devint beaucoup trop lent
Beaucoup trop long
Nous étions dans le premier train qui contournait le lac
Baïkal

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On avait orné la locomotive de drapeaux et de lampions
Et nous avions quitté la gare aux accents tristes de l’hymne au Tzar.
Si j’étais peintre je déverserais beaucoup de rouge, beaucoup de jaune sur la fin de ce voyage
Car je crois bien que nous étions tous un peu fous
Et qu’un délire immense ensanglantait les faces énervées de mes compagnons de voyage.
Comme nous approchions de la Mongolie

5ème étape : ULAN BATOR

Ulan Bator station  IMG_3071
Qui ronflait comme un incendie
Le train avait ralenti son allure
Et je percevais dans le grincement perpétuel des roues
Les accents fous et les sanglots
D’une éternelle liturgie

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J’ai vu
J’ai vu les trains silencieux les trains noirs qui revenaient de l’Extrême-Orient et qui passaient en fantômes
Et mon œil, comme le fanal d’arrière, court encore derrière ces trains
A Talga 100.000 blessés agonisaient faute de soins
J’ai visité les hôpitaux de Krasnoïarsk
Et à Khilok nous avons croisé un long convoi de soldats fous
J’ai vu, dans les lazarets, des plaies béantes, des blessures qui saignaient à pleines orgues
Et les membres amputés dansaient autour ou s’envolaient dans l’air rauque
L’incendie était sur toutes les faces, dans tous les cœurs
Des doigts idiots tambourinaient sur toutes les vitres
Et sous la pression de la peur, les regards crevaient comme des abcès

Dans toutes les gares on brûlait tous les wagons
Et j’ai vu
J’ai vu des trains de 60 locomotives qui s’enfuyaient à toute vapeur pourchassées par les horizons en rut et des bandes de corbeaux qui s’envolaient désespérément après
Disparaître
Dans la direction de Port-Arthur.

6ème étape : BEIJING

(…et nous emmenâmes Blaise et Jehanne au delà de leurs espérances, vers la Chine ancestrale dont ils rêvaient sans doute…)

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À Tchita nous eûmes quelques jours de répit
Arrêt de cinq jours vu l’encombrement de la voie
Nous le passâmes chez Monsieur Iankéléwitch qui voulait me donner sa fille unique en mariage
Puis le train repartit.
Maintenant c’était moi qui avais pris place au piano et j’avais mal aux dents
Je revois quand je veux cet intérieur si calme, le magasin du père et les yeux de la fille qui venait le soir dans mon lit
Moussorgsky
Et les lieder de Hugo Wolf
Et les sables du Gobi
Et à Khaïlar une caravane de chameaux blancs
Je crois bien que j’étais ivre durant plus de 500 kilomètres
Mais j’étais au piano et c’est tout ce que je vis
Quand on voyage on devrait fermer les yeux

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Dormir
J’aurais tant voulu dormir
Je reconnais tous les pays les yeux fermés à leur odeur
Et je reconnais tous les trains au bruit qu’ils font
Les trains d’Europe sont à quatre temps tandis que ceux d’Asie sont à cinq ou sept temps
D’autres vont en sourdine, sont des berceuses
Et il y en a qui dans le bruit monotone des roues me rappellent la prose lourde de Maeterlinck
J’ai déchiffré tous les textes confus des roues et j’ai rassemblé les éléments épars d’une violente beauté
Que je possède
Et qui me force.

Tsitsika et Kharbine
Je ne vais pas plus loin
C’est la dernière station
Je débarquai à Kharbine comme on venait de mettre le feu aux bureaux de la Croix-Rouge.

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Ô Paris
Grand foyer chaleureux avec les tisons entrecroisés de tes rues
et tes vieilles maisons qui se penchent au-dessus et se réchauffent
Comme des aïeules
Et voici des affiches, du rouge du vert multicolores comme mon passé bref du jaune
Jaune la fière couleur des romans de la France à l’étranger.

J’aime me frotter dans les grandes villes aux autobus en marche
Ceux de la ligne Saint-Germain-Montmartre m’emportent à l’assaut de la Butte
Les moteurs beuglent comme les taureaux d’or
Les vaches du crépuscule broutent le Sacré-Cœur
Ô Paris
Gare centrale débarcadère des volontés carrefour des inquiétudes
Seuls les marchands de couleur ont encore un peu de lumière sur leur porte
La Compagnie Internationale des Wagons-Lits et des Grands Express Européens m’a envoyé son prospectus
C’est la plus belle église du monde
J’ai des amis qui m’entourent comme des garde-fous
Ils ont peur quand je pars que je ne revienne plus
Toutes les femmes que j’ai rencontrées se dressent aux horizons
Avec les gestes piteux et les regards tristes des sémaphores sous la pluie
Bella, Agnès, Catherine et la mère de mon fils en Italie
Et celle, la mère de mon amour en Amérique
Il y a des cris de sirène qui me déchirent l’âme
Là-bas en Mandchourie un ventre tressaille encore comme dans un accouchement

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Je voudrais
Je voudrais n’avoir jamais fait mes voyages
Ce soir un grand amour me tourmente
Et malgré moi je pense à la petite Jehanne de France.
C’est par un soir de tristesse que j’ai écrit ce poème en son honneur

Jeanne
La petite prostituée
Je suis triste je suis triste
J’irai au Lapin Agile me ressouvenir de ma jeunesse perdue
Et boire des petits verres
Puis je rentrerai seul

Paris

Ville de la Tour unique du grand Gibet et de la Roue.

Paris,

Clôture du blog le 8 Septembre 2011

Trans-Siberian route map showing Trans-Mongolian and Trans-Manchurian routes

lien(s) :

http://www.realrussia.co.uk/ 

http://www.seat61.com/Trans-Siberian.htm

SAMARKAND, la ville fantasmée…

01 Juillet 2011

Il est de certaines villes une idée qui confine au rêve ; il émane de ces endroits l’irrépressible envie d’y poser les deux pieds et de suivre dans leurs traces tous les voyageurs qui ont pour une raison ou une autre foulé ces pierres chaudes et fait leurs ablutions dans un des bassins sacrés… A parcourir les allées, les places et les monuments de Samarkand (comme, entre autres, les ghats de Bénarès, les ruelles ensablées de Tombouctou, et les rues pentues de Cuzco),  il  y a aussi le sentiment d’avoir bouclé la boucle, d’être revenu à son point de départ armé de sagesse et vaincu par ses certitudes…

Il y a aussi le soleil qui tape fort dans ces oasis et qui peut contribuer à forcer la légende…

On y arrive par voie de terre, car l’avion est sans doute d’une approche par trop brutale…

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Au centre du Réghistan, foule compacte que je perce avec peine : elle fait cercle pour admirer, bouche ouverte, les tours d’un saltimbanque.  Derrière Chir Dâr, il y a une place ronde occupée par un petit marché sous une coupole où la foule grouille, vendant de tout : calots brodés, savons, tabac, lacets, étoffes, foulards, bas, rubans crêpes grasses dans une poêle,  morceaux de mouton sur un grand plateau à l’abri d’un couvercle en dôme d’étoffe, sorbets neigeux aux cristaux étincelants.  Les cavaliers écartent la foule de la main. Attention ! Un isvochtchik veut passer ; ce sont mes Allemands. Mon sourire le plus mondain répond à leur coup de chapeau…

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A gauche, la madrasa “Tilla Kari”; à droite, le portail de la madrasa “Chir Dor”. Cette dernière dans son entier ci-dessous.

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Ruelles des différents métiers où dans le demi-jour des avant-toits, symétriques, les minuscules échoppes se font face ; artisans accroupis, savetiers, menuisiers ; là, les forgerons disparaissent dans la terre jusqu’aux genoux afin d’être à la hauteur de leur enclume posée sur le sol. Chaque fois que le soufflet fonctionne, ravivant le charbon, une vision d’Angleterre se dresse devant moi, tant le fumet de l’anthracite est semblable à celui qui plane partout là-bas.

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Le marché derrière la mosquée Bibi Khanum.

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Dans la ruelle sonore des rétameurs, une boutique où luisent de vieux cuivres encadre admirablement la tête d’un jeune Ouzbek qui fait aiguiser des couteaux : les blancs et noirs des yeux brillants chatoient à l’ombre de l’énorme fourrure mordorée aux poils souples de  sa toque.”

Ella Maillart, dans “Des monts célestes aux sables rouges”.

En sillonnant la ville (dont on peut regretter la mise à l’écart des quartiers populaires, des échoppes et tchai-khana qui transforme le centre de Samarkand en ville musée), ci dessous, GUR EMIR dernier lieu de repos de Tamerlan et de quelques uns de ses proches, dont son fils Oulough Begh, son petit fils Muhamad Sultan mort avant lui au combat en Perse.

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Ci dessous la mosquée Tilla Kari :

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Une profusion de bleu, de vert, de turquoise :

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Ci-dessus quelques pépites de la nécropole Shah –I-Zinda.

“La ville je l’ai dit chante dans ma tête depuis mes premières lectures.  Sera-t-elle aussi magique que je l’ai imaginée.      …/…   Car c’est ici, à l’ombre des mosaïques de Bibi Khanum que bat le cœur millénaire de Samarcande.”  

Bernard Ollivier   dans ‘La longue marche – T II vers Samarcande”

Ci-dessous, la mosquée de Bibi Khanum (qui fit couler beaucoup d’encre suites aux légendes qui entourent sa construction)… le port du voile en pays musulman ne serait pas étranger à la fin tragique de la femme de Timur (Tamerlan)… à suivre  !

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BUKHARA… oasis aux portes du désert rouge

28 06 2011

Je ne peux pas me lasser de voir vivre autour de moi. Il y a des rues où le trafic indigène fourmille. « Pocht ! » (« Attention ! ») crient les âniers et les arbakech, en taillant leur chemin dans la foule où chacun cherche à acheter ou à vendre.  Accroupie contre un mur, j’écoute le flux et le reflux de cette humanité mouvante : je suis au centre d’une fourmilière et comprends soudain où va chaque fourmi.

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Deux fils du désert, reconnaissables à leur teint bronzé, à leur pas lent et sûr, examinent un tas de kichmichs, puis goûtent les petits raisins ; ils appellent un troisième camarade qui porte des bottes kazaks à talons pointus et cambrure Louis XV. Le prix demandé le fait éclater de rire ; ils s’éloignent.  Il y a de grands turbans en laine grise, très pratiques pour porter un verre de lampe entre deux torsades et l’isoler ainsi de la bousculade. Sous le rond-point couvert où la foule est plus dense, tout le monde rit lorsque les bœufs d’un attelage poussent les corps de leurs cornes.

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Un vendeur de pommes crie sans cesse pour qu’on ne stationne pas devant son étalage. Deux Afghans aux turbans noirs sont tentés par une pièce de satinette jaune vendue par un Russe qui leur dit : “Compte mes mètres, compte seulement, ils y sont”.  Un tiers bénévole fait l’interprète.”

Des monts Célestes aux sables Rouges (1933), Ella Maillart.

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Madrasa Mir-I-Arab 11:00 AM – 40°C  (ci dessus & ci dessous)

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La mosquée Kalon et son minaret, du haut duquel on jetait les condamnés à mort ; de façon plus pacifique, le minaret servait aussi de phare aux caravanes du désert (ci-dessous).

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Une mosquée avait été construite en 713 ; puis reconstruite au IX° siècle avant d”être ravagée par un incendie au XI°. Edifiée de nouveau, Genghis Khan la détruisit vers 1220 (hors le minaret dont l’importance stratégique ne lui avait échappée). Puis à partir de 1514, les khans de Boukhara entreprirent de la reconstruire pour lui donner son architecture contemporaine..De 1924 à 1989, la mosquée Kalon est restée portes closes…

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“Personne ne sait ce qu’est mon Leica, mais sitôt que je le manie, chacun se précipite et veut l’acheter. L’instinct commerçant et vivace dans cette métropole déchue. Tout le monde grignote quelque chose, amandes, ouriouks ou raisins pris à un marchand en passant.

Un camion roule, laissant traîner après lui une rare odeur d’essence ; habituée aux relents poussiéreux d’urine, la narine en reste toute surprise. Mais pour comprendre la vie des fourmis qui m’entourent il faut faire comme elles : acheter ou vendre. Je me promène, mains en avant, offrant une tondeuse mécanique, achetée jadis en prévision d’une longue croisière à voile. J’en demande vingt roubles, prête à descendre jusqu’à dix ; j’ai aussi un couteau et une montre à deux shillings de chez Woolworth.

Les requins habituels se jettent sur moi dés que j’entre dans la ruelle où les ferblantiers martèlent, décidés qu’ils sont à ne pas laisser s’échapper une occasion. Un homme à barbe rousse, aux yeux peints, aux ongles rougis, tâte la lame avec dédain… Bonne affaire : je retire trente-cinq roubles du tout et m’achète une pastèque pour quatre roubles.”

Des monts Célestes aux sables Rouges (1933), Ella Maillart.

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Ci-dessus, la forteresse de l’Emir, résidence fortifiée et secrète des seigneurs de Boukhara. Ci-dessous, une halte dans une tchaï-khana (maison de thé) pour apaiser la brulure du soleil au bord du bassin de Liab-I-Khaouz.

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Sa femme, Rano, me prépare le soir même de savoureux samsas et le plov qu’elle me cuisine le lendemain est fameux. … Partout flotte la fumée des chachliks qu’on grille et des feux de bois qui font chantier les samovars.”

Bernard Ollivier – Vers Samarcande – Longue marche.

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Il peut être redoutablement pratique de trouver l’illustration du plat figurant en cyrillique sur la page du menu… mais au final peu de surprises pour le palais, car tout est savoureusement préparé dans la cuisine ouzbèke.

A gauche, laghman ; à droite, plov …(Nul doute que Marco Polo ait semé quelques paquets de nouilles chinoises sur son chemin vers Venise..)

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Les auberges de Boukhara, souvent d’anciennes résidences de marchands, peuvent réserver d’agréables surprises, car nichées derrière des façades fort communes, elles recèlent des trésors d’architecture intérieure…

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A l’écart, comme boudé par les visiteurs, car excentrés et dissimulés dans un quartier populaire, les 4 minarets de Tchor-Minor…

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La lumière s’adoucit soudainement lorsque le soleil disparait lentement sur la ville et les couleurs de la brique changent pour passer aux teintes de miel .. Lune 

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29 06 2011

La chaleur prend la ville entre ses griffes dès que le soleil est disparu dans un halo blanchâtre… 40 ? 45°C ?? difficile à estimer dans une ville où les rares pharmacies ne sont pas dotées des derniers affichages digitaux modernes. Toutefois, il peut être hasardeux de vouloir parcourir les quartiers distants du centre malgré un équipement digne des grandes méharées.. Il faut parfois savoir être économe de sa sueur et se rabattre sur un taxi pour quelques milliers de Sums.

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Surnommé “la perle de l’Orient”, la mausolée des Samanides (ci-dessous) est anachroniquement situé dans un parc récréatif où les jeunes ouzbèkes profitent de leurs vacances d’été pour faire quelques tours de manège et prendre un peu de fraicheur sur le bassin avoisinant.

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L’utilisation des briques assemblées dans tous les sens est une innovation architecturale et de décoration qui fera date dans la construction future d’édifices religieux. L’innovation technique au plan de la motricité des manèges du parc n’est pas en reste…

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Balade en amoureux et en pédalo au pied des murailles de Boukhara et de la porte Talipoch.

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Ayant remplacé le marché aux esclaves, le grand bazar Kolkhoznaïa propose dans un espace ouvert et de grande propreté tous les produits des fermes voisines : œufs, légumes, fromages, charcuteries, épices, pain (délicieux..) et autres fruits frais et séchés..

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Globalement, le coût de la vie à Boukhara reste, malgré l’emprise touristique forte, assez modeste, mais en sus cela fait toujours plaisir de se rêver millionnaire !

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OUZBEKISTAN … sur la route de la Soie.

Au début, c’est comme souvent une histoire d’aéronefs, de salles d’embarquement, d’aérogares plus ou moins agréables et confortables, de rencontres sympathiques ou opportunistes..

26 06 2011 PARIS CdG …

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Des promesses aux prouesses…de la technologie !

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26 06 2011 MUNICH …

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Aéroport immaculé, calme et fonctionnel… propice à la préparation des étapes à venir…

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La pause munichoise est un moment consacré à la roborative gastronomie locale entre “Würste”,  “Schnitzel” et autres “Delicatessen” … c’est effectivement une sorte de voie sans issue Clignement d'œil

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27 06 2011 05:00 AM

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Côté pile !

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La reconstruction hâtive de Tashkent après le tremblement de terre de 1966, qui a relégué aux historiens le soin de décrire la ville ancienne labyrinthique et grouillante…

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Les marchés où la petite économie rurale est réapparue… (produits bio garantis..!)

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Côté face !

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Le faste pompeux des années “soviétiques” (au fond l’hôtel UZBEKISTAN) mis en scène par TAMERLAN (qui a néanmoins détrôné K. Marx depuis qu’un parlement flambant neuf et immaculé à été construit sur la place Amur Timur depuis l’indépendance en 1991.

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Deux choses frappent d’entrée le visiteur … a) les espaces pour circuler car Tashkent est une ville aux avenues larges et peu encombrées ; b) l’utilisation de l’eau pour arroser le moindre cm2 de pelouse (ici les jeux d’eaux devant le palais présidentiel..). On verra à quel point cela peut paraitre surréaliste dans un pays fait largement de désert et qui peine à régler la question de la mer d’Aral..

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Moins visité que les ensembles architecturaux islamiques de Bukhara et Samarcande, le complexe Hazrati Imam de la capitale n’est pas à dédaigner (en son centre, un centre d’artisanat)

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27 06 2011 20:00 … survol de la région entre Tashkent et Bukhara *

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* Bukhara, Boxoro, Buhara ; véritable terre d’échanges les noms évoluent au gré des mouvements de population …

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à suivre sur un prochain billet intitulé BUKHARA !

WYOMING, la chevauchée sauvage !

Un tiers de l’état est situé dans les Grandes Plaines tandis que les deux autres tiers sont montagneux, dominés par les Rocheuses dont certains sommets culminent à plus de 4000 mètres d’altitude.

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Un climat aride ou montagneux qui offre peu d’opportunités d’un point de vue agricole. Le ranching, la production de foin, de betteraves à sucre, de céréales et de laine sont les activités principales de l’état.

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L’économie est largement dominée par l’industrie minière (charbon, houille, pétrole, sodium et uranium) et le tourisme.    http://www.wyomingtourism.org/

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Le Wyoming est surtout connu pour son Parc National de Yellowstone qui couvre une partie de l’état.     http://www.yellowstonenationalpark.com/

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D’autres sites majeurs tels que le Parc National de Grand Teton, le Devils Tower National Monument, le Fossil Butte National Monument et la Forêt de Shoshone ont aussi leur part de mystère et révèlent une nature grandiose.

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Le Wyoming est une terre sauvage où les auteurs et leurs personnages ont une trempe toute particulière:

“ C’était juste après Thanksgiving, et nous avions descendu plus de la moitié d’une bouteille de singe malt. Quand je m’étais réveillé le matin suivant, Henry avait déjà installé deux chaises en simili cuir devant un poêle improvisé fait de deux barils empilés. Je sortis de mon sac de couchage, m’assis sur le bord de la table de billard sur laquelle je m’étais endormi et essayai de réactiver les muscles de mon visage. Henry, toujours enfilé dans son duvet, était penché au dessus du poêle. Je regardai les volutes de buée formées par ma respiration et me débattis avec mon sac de couchage pour m’enrouler à nouveau dedans.    …Je contemplai, dans la brume lumineuse typique de l’hiver des Hautes Plaines, la neige qui tombait en gros flocons pareils à des jetons de poker. J’avais eu plusieurs fois l’intuition que ce serait un hiver mémorable et je ne m’étais pas trompé.    …Le café était prêt ; je remontai un peu le sac de couchage sur mes épaules et le trainai avec moi jusqu’au bar . Je devais ressembler à une mante religieuse géante.”

Craig JOHNSON – Le Camp des Morts.

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MAROC, un espoir déçu !

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MAROC  ; CASABLANCA 16 Mai 2003  – MARRAKECH  20 Avril 2011

Barques, un matin brumeux à Sidi Bouzid

Que s’est-il passé entre ces 2 dates ?

« En enfilant le gilet bardé d’explosifs, j’étais déjà poussière. Cela me procurait une sensation étrange. Je faisais corps avec la terre, le ciel et les étoiles qui mitraillaient la nuit noire. Les paroles du cheikh scintillaient dans mon esprit et je me sentais invincible. Non, on ne peut rien comme un homme qui veut mourir. Et moi, je le voulais ardemment. Nabil, Azzi, Khalil, Fouad et Hamid voulaient aussi mourir. En vivant à Sidi Moumen, cernés de macchabées, d’éclopés et de rampants, nous étions en réalité presque morts. Alors, un peu plus ou un peu moins, quelle importance. »

Mahi Binebine  » Les Etoiles de Sidi Moumen »

Face au vide, à Oualidia

« Dans l’agitation des bennes à ordures, des fouisseurs et des mouettes, des troupeaux de chèvres mâchonnant des sacs en plastique, des chiens et des chats baignant dans la fumée grise et les tourbillons de poussière, je vois courir, insouciants, des enfants chétifs derrière un ballon dégonflé : Les nouvelles Etoiles de Sidi Moumen »

Une étoile filante a traversé Marrakech le 20 avril 2011 … elle avait commencer à briller il y a bien des années !

 

Forteresse abandonnée de Boulaouane

CUBA, el ocaso final de una idea…

« A la fin des années 90, la vie dans le pays, totalement perturbée durant la période la plus dure de la crise, avait commencé à retrouver une certaine normalité. Mais, alors que cette nouvelle conjoncture s’installait, il fut évident que que quelque chose de très important avait changé. Il ne serait désormais plus possible de vivre avec les quelques malheureux pesos des salaires officiels : le temps de la pauvreté équitable et généralisée comme avancée sociale était révolu et débutait ce que mon fils Paolo, avec un sens des réalités qui me dépassait, définirait comme le sauve-qui-peut général (qu’il appliqua à sa vie, comme bien des jeunes de sa génération, de la seule façon à leur portée : en quittant le pays).

Un slogan toujours d'actualité !

Nous étions le génération des naïfs, des romantiques, qui avaient tout accepté et tout justifié, les yeux tourné vers l’avenir, qui coupèrent la canne à sucre convaincus qu’ils devaient le faire (et bien entendu, sans être payés pour ce travail infâme) ; la génération de ceux qui partirent faire la guerre à l’autre bout du monde puisque l’internationalisme prolétarien l’exigeait, sans attendre d’autres récompenses que la gratitude de l’H
umanité et de l’Histoire.

Les prophéties de Trotski finirent par se réaliser et la fable futuriste et imaginative d’Orwell dans 1984 devint un roman atrocement réaliste. »

Leonardo Padura

« L’homme qui aimait les chiens »

El Malecón, La Habana, Cuba

KENYA, le pays des perles …

IMG_1544Quelles que soient leurs motivations, traditionnelles en qualité d’éleveurs nomades à celles de commerçants de babioles rattrapés par les tentations de la société de “conso” sur le mode occidental, le peuple Massaï cultive un mode de vie indéniablement original. Passés du statut de fiers guerriers à celui de guides pour touristes en mal d’exotisme, ils sont partagés entre leurs repères historiques et la ressource facile en devises variées…  IMG_1552

Le pays Massaï s’étend de chaque côté de la frontière  qui sépare le Kenya de la Tanzanie, entre les monts Kenya et le Kilimandjaro.

Originaires de la région du Nil, ils fondent l’une des sociétés des peuples nilotiques, ayant migré du Soudan vers le sud pour se fixer dans la région citée ci-dessus.

Pasteurs nomades vivant de et pour le bétail, certains groupes se sédentarisent dans l’espoir d’une vie plus facile et moins soumise aux aléas du climat, des sècheresses renouvelées et des pertes de troupeaux. Les Massaï soumis aux pressions du monde extérieur et des bouleversements de la planète adaptent leur traditions pour le meilleur ou le pire…

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AU PAYS DES MASSAI” Joseph Thomson – 1885 : “Le pays des Massaï occupe une bande diagonale de terrain que circonscrivent, d’une part, le premier degré de latitude nord et le cinquième de latitude sud ; de l’autre les trente-troisième et trente neuvième degrés de longitude est. L’histoire des découvertes sur les rivages orientaux de l’Afrique centrale s’ouvre avec  Vasco de Gama : après avoir doublé le Cap, le navigateur portugais toucha terre à Malindi ; plus tard, et par suite de la perfidie du pilote son navire manque se briser sur les récifs de Monbâz. Mais quant aux mystérieuses contrées de l’intérieur, de longs siècles s’écoulèrent où nul Européen n’en osa tenter l’exploration : de vagues renseignements tirés des récits informes des naturels parvenaient seuls jusqu’à la côte.

“A l’ouest de ce port (Monbâz), dit un ouvrage portugais de 1530, on voit une montagne fort élevée, l’Olympe de l’Ethiopie et, au delà, les monts de la Lune, où se trouvent les sources du Nil.” L’Olympe en question est sans doute le Kilima-Ndjaro.”

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MALI, source d’inspiration …

La pêche à Kalabougou

Les rives du Niger générent un puissant souffle sur les auteurs et musiciens africains : Amadou Hampaté Bâ, Moussa Konate, Aïda Diallo, Ali Farka Toure, Toumani Diabate, Oumou Sangare, Salif Keita, Boubacar Traore.. et tant d’autres à (re)découvrir… 

Bord du fleuve à Bamako


« L‘histoire de Tierno Bokar et d’Amadou Hampaté Bâ nous ramène toujours au grand statège El-Hadj Omar. Le grand père maternel de Tierno Bokar, un soufi très instruit, avait suivi El-Hadj Omar qui lui avait confié la garde spirituelle de la ville de Ségou. Et c’est là qu’en 1875 naquit Tierno.  Tandis que dans la ville règnent violences et combats, Tierno grandit dans la douceur et l’harmonie des femmes qui l’entourent : sa mère Aïssata, sa tante érudite et sa grand mère. Comme tout enfant aficain, il est très proche de sa famille maternelle, donc de son grand-père soufi qu’il ne se lasse pas d’interroger. A quinze ans, il connaît le Coran par coeur, et, grâce à sa mère, se familiarise avec la pensée de soufis célèbres, comme Ibn Arabi. Mais l’année 1890 sonne le glas de cette insouciance familiale. L’entrée des troupes françaises à Ségou ouvre une ère nouvelle, celle de la colonisation et du choc entre le rationalisme laïc français et la multiplicité culturelle africaine. Tierno et son clan sont alors contraints d’aller s’installer à Bandiagara. A l’âge de 25 ans, Tierno s’entend dire pas le mystique auprès duquel il complète sa formation: « je n’ai plus rien à t’apprendre.« 

Départ du ferry pour Mopti

Koulikoro, préparatifs de départ du bateau pour Mopti


Oeuvres d’Amadou Hampaté Bâ :

  • L’Empire peul du Macina (1955, nouvelle édition en 1984)
  • Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara (1957, réécrit en 1980), 
  • Kaïdara, récit initiatique peul (1969)
  • Aspect de la civilisation africaine (1972)
  • L’étrange destin de Wangrin (1973)
  • L’Éclat de la grande étoile (1974)
  • Jésus vu par un musulman (1976)
  • Petit Bodiel (conte peul) & version en prose de Kaïdara (1976)
  • Njeddo Dewal mère de la calamité (1985)
  • Ce que vaut la poussière, contes & récits du Mali (1987)
  • Amkoullel l’enfant peul (Mémoires I, 1991) & Oui mon commandant ! (Mémoires II, 1994) seront publiés après sa mort
  • Il n’ y a pas de petite querelle (2000)


Ségou, le fleuve